Frederic Cornu Photographe

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Série " DISCOUNTS ECRANS BOITES "


Mon travail photographique a connu une rupture importante dans la forme par le passage à la couleur, rupture déjà amorcée dans la série " Sportifs ".

Avec la couleur, on quitte le monde de l'humanisme avec son pathos au profit d'une sorte de trivialité, l'esthétisme des médias, des tracts publicitaires...

Aujourd'hui, mon nouveau travail porte un regard sur un univers violent, mais une violence ordinaire.

Le premier volet intitulé "DISCOUNT" parle de l'univers marchand, de la consommation à la surconsommation, d'un aspect de notre société dénoncé comme un outil "d'aléniation sociale". Un pan de la critique politique dénonce aujourd'hui cet univers et cette logique libérale qui consiste à tout transformer en marchandises. Je m'inscris dans cette photographie qui aujourd'hui photographie les supermarchés et qui hier photographiait les usines et les hommes au travail.

L'ouvrier au travail, notamment dans la photographie humaniste, a encore une posture héroïque, alors que le même ouvrier au supermarché évoque plus une servitude volontaire : n'être que le consommateur.


La difficulté d'un tel travail est de ne pas tomber dans la facilité de la représentation du quart-monde. Les gens que je photographie portent effectivement sur les corps les stigmates de leur classe sociale, mais quand je photographie 10 personnes devant un discount ou devant une tête de gondole dans un hypermarché, c'est un peuple que je photographie. Plus les sujets photographiés sont typés, plus ils incarnent le peuple. Les meilleures photographies sont celles ou la personne est dépositaire de sa classe. J'en fais dès lors en quelque sorte des emblèmes, des symboles.


La poursuite de cette réflexion m'a amené tout naturellement vers un deuxième volet "ECRAN", ou la téléréalité. Sur ce sujet, il était intéressant de constater que jusqu'aux années 80 c'étaient les intellectuels qui faisaient la télévision.

Aujourd'hui ce sont toujours les mêmes qui dirigent et conçoivent le contenu télévisuel mais ils nous montrent une nouvelle classe de la société. Les gens que je photographie à l'entrée d'un discount, issus pour la plupart des classes populaires, ont acquis une forme de visibilité sociale, télévisuelle qu'ils n'avaient pas auparavant. Ils passent aujourd'hui à la télévision dans ces fameux shows de téléréalités et sont regardés par leurs pairs.

Le troisième volet "Boite", reprend le titre générique de la série et nous oppose de manière neutre et typologique, à l'urbanisme né de ces nouvelles valeurs.

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